Grenoble : Inauguration de la rue Mélinée et Missak Manouchian

Grenoble, ville Compagnon de la Libération a inauguré la rue Mélinée et Missak Manouchian

Samedi 26 mai 2018 à 11 h, répondant à l’invitation conjointe d’Eric Piolle, maire de Grenoble et de Daniel Marandjian, président de l’Association des Anciens Combattants et Résistants Arméniens de l’Armée Française (AACRAAF) un très nombreux public assistait à l’inauguration de la rue Mélinée et Missak Manouchian en présence de Katia Guiragossian petite-nièce de Mélinée Manouchian.

On notait la présence de Mmes Gayane Manukyan vice-consule d’Arménie à Lyon, Claire Kirkyacharian 1ère vice-présidente de Grenoble-Alpes Métropole représentant le président Christophe Ferrari, Martine Jullian conseillère déléguée au patrimoine historique et à la mémoire, Anouche Agobian conseillère municipale, Ms Matthieu Chamussy et Richard Cazenave conseillers municipaux, Stéphane Gemmani conseiller régional, Mme Jacqueline Madrennes adjointe représentant Renzo Sulli maire d’Echirolles, MM. Jacques Contensouzac Président UFAC Isère, Yves Ganansia président du CRIF Grenoble Dauphiné, Raffi Krikorian président du CCAF Centre France, Eddie Haytayan président Fédération Arménienne Auvergne-Rhône-Alpes et MCA Loire, Jean Der Parseghian, représentant l’Assemblée des Arméniens d’Arménie Occidentale, Mme Chaké Sahaguian présidente Croix Bleue des Arméniens de France, et MM. Jean-Jacques Hairabédian président Association Rugby Arménie Vinay National et International, Serge Sasyan président Arménie Echange et Promotion, Grégoire Atamian président Azad Magazine, Edouard Manoukian président Club des Arméniens de Grenoble, Richard Kaladjian vice-président Maison de la Culture Arménienne de Grenoble et du Dauphiné et Armen Torossian président Paroisse de l’Eglise Apostolique Arménienne.

Située dans le quartier Jean Macé, proche de la gare, cette voie nouvelle accueille aussi symboliquement le groupe scolaire dédié à la mémoire de Simone Lagrange, résistante juive déportée et témoin au procès Barbie. Le public découvrait l’exposition « l’Affiche rouge ou les étrangers dans la résistance » réalisée par la Maison de la Culture Arménienne de la Loire et le panneau consacré à Mélinée Manouchian réalisé par la ville de Grenoble.

La cérémonie s’ouvrait par l’émouvante récitation du poème « Légion » de Paul Eluard par Elina Lantelme et Zoé Mangione élèves de CM1 de l’école primaire Simone Lagrange, résistante juive déportée et témoin au procès Barbie.

Puis Éric Piolle, maire de Grenoble dans une allocution sensible soulignait : « Aujourd’hui c’est un immense honneur d’accueillir symboliquement Mélinée et Missak Manouchian dans notre ville.  Nous sommes heureux et fiers de leur faire une place spéciale à Grenoble ». Evoquant leurs parcours d’orphelins rescapés du génocide, il relevait : « Tout petits, ils savent déjà que la barbarie peut frapper d’une façon aveugle et tout écraser sur son passage : leurs parents, leurs foyers, leur peuple…. C’est peut-être cela qui a fait naître en eux la conviction farouche que la liberté n’est jamais acquise, qu’il faut la défendre par-dessus tout » avant d’ajouter : « Ayant choisi la France comme pays d’accueil, ils sont liés par une soif commune de justice qui les pousse à agir sans relâche pour défendre ceux que la société rejette : les ouvriers, les femmes, les travailleurs immigrés, les sans-papiers… ». Il remerciait Daniel Marandjian pour avoir sollicité la ville, Katia Guiragossian pour sa présence et son implication et Arsène Tchakarian, dernier survivant du groupe Manouchian pour son message d’amitié.

Daniel Marandjian exprimait sa gratitude au maire de Grenoble, pour avoir tenu sa promesse de donner le nom de Manouchian à une rue de Grenoble, Martine Jullian et le Conseil municipal d’avoir enrichi la demande initiale par l’idée d’associer dans un même hommage Mélinée et Missak Manouchian couple emblématique de résistants arméniens unis depuis leur rencontre par un même idéal et de paix. Il remerciait les élus municipaux pour avoir adopté à l’unanimité la résolution d’attribution de cette rue. Il souligne là aussi la pertinence du lieu choisi avec la présence du groupe scolaire Simone Lagrange : une grande conscience récemment disparue, Mme Rival directrice de l’école pour son implication et celle de ses élèves, les jeunes de la MCAGD rassemblés derrière la banderole proclamant « La nouvelle génération avec Mélinée et Missak Manouchian », et Patricia Detroyat chef du service protocole/mémoire pour son écoute et son implication dans l’élaboration du programme et son professionnalisme dans l’organisation de cet événement. Il retraçait les parcours respectifs de Mélinée et Missak nés dans l’Empire ottoman, elle d’une famille de directeur des postes, lui d’une famille de paysans, leur vie d’orphelins du génocide ayant passé leur enfance et leur adolescence dans des orphelinats. Lui à Djounieh, elle à Smyrne jusqu’à l’incendie de 1922 puis à Corinthe en Grèce. Tous deux ayant choisi la France et sa devise Liberté, Egalité, Fraternité comme patrie d’adoption. Depuis leur rencontre déterminante en 1934 et leur adhésion au Comité de Secours à l’Arménie (HOC) ils formeront un couple de militants internationalistes et patriotes. Le 6 février 1934 devant la montée du fascisme Missak adhère au Parti Communiste Français, participe au Front populaire, soutient l’Espagne républicaine, entre en résistance avec la M.O.I., passe dans la clandestinité et enfin dans la lutte armée contre le nazisme et la collaboration. Mélinée partage ses combats et s’engage notamment avec son amie Knar Aznavourian dans le « travail allemand », particulièrement en direction des soldats arméniens de l’Armée Rouge, enrôlés de force dans la Wehrmacht. C’est elle qui assure auprès de Missak la rédaction et les comptes-rendus des FTP-MOI de la région parisienne. Missak est remarqué par ses qualités d’organisateur. Le commandement militaire des FTP en accord avec le Conseil national de la résistance le nomme commissaire militaire pour la région parisienne le 1er juin 1943. Ils ont porté des coups terribles à l’ennemi. Leurs coups de mains toujours ciblés contre des installations militaires et de hauts dignitaires nazis, tel Julius Ritter responsable du S.T.O. en France jusqu’à ce qu’ils tombent, après une longue traque, dans les mains de leurs bourreaux de la 2ème brigade spéciale du commissaire « français » Fernand David le 16 novembre 1943. Ce fut l’ignoble procès de l’hôtel Continental les 19, 20 et 21 février 1944, monté par la gestapo à seule fin de propagande : la mort comme seule sentence possible. Et cette Affiche rouge destinée à défigurer la noblesse de leur combat, leur désintéressement au service de la France, pour tenter d’en faire une « armée du crime » à la solde d’intérêts étrangers.

Daniel Marandjian soulignait la grande diversité d’origines des 23 martyrs de l’Affiche rouge. Tous des apatrides à l’exception de trois français. Espagnols vaincus par le franquisme, juifs, hongrois, polonais, roumains ayant fui l’oppression de régimes antisémites et xénophobes, italiens pourchassés par le fascisme mussolinien, et arméniens rescapés du génocide. Pour eux, la France n’était pas seulement une terre d’asile, mais le dernier refuge de la liberté.

Il rappelait que l’AACRAAF, fondée en 1946 par des Arméniens mobilisés en tant qu’apatrides, des résistants et leurs aînés engagés volontaires de la Guerre 1914-1918, poursuivait un travail de mémoire et de transmission d’un idéal de liberté, de justice sociale, de solidarité et de paix, incarné par le programme du Conseil National de la Résistance. Enfin il dénonçait la résurgence de la xénophobie, du racisme et de l’antisémitisme et condamnait fermement les attentats de Daesch qui s’en prennent aux symboles de la République, à nos valeurs culturelles, et à notre art de vivre ensemble.

Puis Katia Guiragossian, venue de Paris, remerciait vivement Grenoble pour son invitation. Dépositaire des archives et de la mémoire familiale, elle mettait en exergue les valeurs humanistes et progressistes des résistants du groupe Manouchian : « Cela a été pour nous un modèle de courage et d’humanisme, même si on a eu parfois peur de ne pas être à la hauteur. Je sens parfois qu’ils sont là, pas loin, à me lancer des clins d’œil. Les femmes ont joué un grand rôle pendant la Résistance, mais l’histoire a mis du temps à le reconnaître. Ma grand-mère me racontait souvent tout ce qu’elle et sa sœur Mélinée avaient pu accomplir pendant ces années-là. Et quand on grandit, petite-fille, avec de tels récits, on ne peut qu’être transcendée ! Et ça, c’est inestimable ». Elle terminait sur une citation de Missak : « La vie n’est pas dans le temps, mais dans l’usage ».

Ensuite, Daniel Marandjian et Katia Guigarossian remettaient à Eric Piolle le Diplôme d’Honneur du Comité National du Souvenir Missak Manouchian décerné à la Ville de Grenoble par son président Arsène Tchakarian qui, absent de la cérémonie à bientôt 102 ans, avait fait parvenir un poignant message sonore* de reconnaissance à la ville de Grenoble pour cet hommage à ses compagnons de combat.

La cérémonie était ponctuée par les interprétations talentueuses de l’Affiche rouge, du Chant des Partisans et de la Marseillaise par la chorale « Atout cœur » de Meylan et ses 50 exécutants. Moments d’intense émotion quand deux jeunes de la MCAGD : Mariam Sakunts lisait un condensé du chapitre « Un dernier jour, une dernière nuit » extrait du livre témoignage « Manouchian » de Mélinée Manouchian, et Vahé Manoukian la dernière lettre testament écrite par Missak Manouchian à sa femme Mélinée avant d’être conduit au peloton d’exécution. Deux lectures incarnées de textes forts qui ont tiré les larmes de beaucoup, dans l’assistance.

L’événement se terminait par le dépôt de gerbe, la sonnerie aux Morts, la minute de silence et le salut aux porte-drapeaux de l’AACRAAF, de l’ANACR et de la FNACA.

Enfin, le public était invité par la municipalité de Grenoble à partager un cocktail convivial agrémenté de spécialités arméniennes préparées par les associations.

 

*Message sonore enregistré par Michel Violet, réalisateur du film documentaire « Arsène Tchakarian, mémoire de l’Affiche rouge », production BIOPICS.